"Mais au Paradis les épreuves ne sont pas terminées. Le parcours initiatique atteint, au contraire, ses étapes décisives : tout d'abord, ce lieu du bonheur parfait qu[e Dante] traverse, est-il capable d'en supporter simplement la vue ? : le paradis est insupportable, telle est la découverte qui change le signe de l'image ordinaire, laquelle est image statique, génératrice de révérence et d'ennui ; le Paradis de Dante est le contraire de la staticité ; s'il est insupportable, c'est par tension excessive, excès d'émotion, d'énergie, de perception.
Tout à coup, au chant XXIII, le rire de Béatrice disparaît de son visage, le silence remplace le chant des élus et des chœurs angéliques ; angoissé, Dante regarde autour de lui et demande. Il lui est répondu que cette disparition a lieu pour épargner sa souffrance : le rire de Béatrice et la musique paradisiaque sont encore trop difficiles à endurer pour lui. Il faut qu'advienne la métamorphose intérieure : alors viendra le moment où il supportera la beauté de l'élue et la splendeur de la musique."
Présentation du Paradis de Dante par Jacqueline Risset.