"Quand la question se pose d'écrire une introduction pour un livre d'ordre créateur, j'ai toujours l'impression que les quelques livres qui valent la peine d'être préfacés sont précisément ceux qu'il est impertinent de préfacer. J'ai déjà commis deux impertinences de cette sorte ; c'est ici la troisième et, si ce n'est pas la dernière, nul n'en sera plus surpris que moi. Je ne puis justifier cette préface que de la façon suivante. On est enclin à attendre des autres qu'ils voient, la première fois qu'ils lisent un livre, tout ce que l'on est venu à y percevoir à la faveur d'une intimité croissante.
J'ai lu Nightwood nombre de fois, en manuscrit, sur épreuves et après sa publication. Ce que l'on peut faire pour les autres lecteurs — à supposer que, si vous lisez aucunement cette préface, vous la lisiez en premier lieu —, c'est de retracer les phases les plus significatives de sa propre appréciation de l'ouvrage. Car il m'a fallu pour ce livre quelque temps avant de parvenir à apprécier sa signification comme un tout."
T.S.Eliot, 1937, préface à Djuna Barnes, Le bois de la nuit (épuisé).