"J'ai une amie dont, au Japon, le petit ami japonais fait collection de lapins. Chaque fois donc que cette amie s'en va à l'étranger — en Europe ou en Amérique —, elle lui rapporte des lapins. Même qu'elle a déjà bien dû lui en rapporter deux cents, de ces lapins. Ce ne sont pas de vrais lapins : il n'empêche que ça fait quand même un sacré paquet de lapins qui à chaque fois passent à la douane japonaise ! Oui, tout ce qui, objet de verre ou de métal, tout ce qui dessin ou quoi que ce soit d'autre ayant rapport audit animal, de près ou de loin ressemble à un lapin, son petit ami adore ça.
De lui je ne sais rien, hormis qu'il aime les lapins. J'ignore tout de son âge et de ce dont il a l'air. Tout ce que je sais, c'est qu'il est monsieur japonais qui adore les lapins.
Souvent il arrive, lorsqu'ici à Tokyo elle et moi sommes à déambuler par les rues, qu'alors à demi elle cherche un énième lapin à ajouter à sa collection. Qu'il y ait dans le coin une boutique bourrée de petits trucs qui pourraient même seulement s'apparenter à une cage à lapins et ça y est : il faut s'arrêter et jeter un coup d'œil.
C'en est arrivé au point où lorsque je me balade tout seul dans la ville, moi aussi parfois à demi je me cherche des lapins. Où aujourd'hui même par hasard tombé sur un endroit où il y aurait pu avoir des lapins, je me suis arrêté.
Non, mais, mais qui c'est, ce mec ?
Et pourquoi des lapins, hein ?"
Brautigan, Ibid.