Il y a des personnes qui vous donnent de l'art.
Parfois c'est immédiat. D'autres fois, le don met plusieurs années à se révéler. Ce fut le cas pour Michaux.
J'avais 10 ans et quelques déraillements somatiques qui ont conduit mes parents à consulter un homéopathe apparemment renommé. Cet homme-là était très impressionnant et je crois avoir perçu qu'il impressionnait aussi mes parents, esthétiquement, socialement et intellectuellement. Un cabinet tel que je n'en avais jamais vu : des paravents dans la salle d'attente, des matériaux de qualité, des livres. Il avait une sorte de pèse-personne qui faisait des photographies de la chaleur ou autre chose émise par les pieds.
Il me faisait plutôt peur et il m'a dit qu'il fallait absolument que je lise Michaux. Evidemment, je n'ai pas cherché à le lire quand j'aurais pu. Et un soir, j'avais peut-être 25 ans, un papier m'est remis pour accompagner un spectacle de danse au centre de Wallonie-Bruxelles, sur ce papier, un extrait d'un texte de Michaux sur le mouvement et.. oui il fallait absolument que je lise Michaux !
Maintenant dans cette période de changement, je reprends ma bibliothèque, retrouve ce qui m'a construite et me dépouille du superflu. Je reviens sur certains auteurs et en tamise d'autres, importants mais non essentiels.